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8 novembre 2009 7 08 /11 /novembre /2009 12:45
Quand Philippe Guillard "revisite" le grand Léo Ferré, avec la même pugnacité, avec dans la voix les mêmes accents forts, il nous incite à réécouter les textes originaux qui tranchent plus que jamais sur la morosité  et la méciocrité ambiantes.
L'incipit d'Il n'y a plus rien reste un monument à revisiter, lui aussi. Le voici, sauvage et fort :
" " "
La poésie contemporaine ne chante pas, elle rampe.
Elle a cependant le privilège de la distinction, elle ne fréquente pas les mots mal famés, elle les ignore.
Elle ne prend le mot qu'avec des gants : à "menstruel" elle préfère "périodique" et l'on va répétant qu'il est des termes médicaux qui ne doivent pas sortir des laboratoires et du Codex...
Le snobisme scolaire qui consiste en poésie à n'employer que certains mots déterminés, à la priver de certains autres, qu'ils soient techniques, médicaux, populaires ou argotiques, me fait penser au prestige du rince-doigts ou du baise-main.
Ce n'est pas le rince-doigts qui fait les mains propres, ni le baise-main qui fait la tendresse.
Ce n'est pas le mot qui fait la poésie, mais la poésie qui illustre le mot.
Les écrivains qui ont recours à leurs doigts pour savoir s'ils ont le nombre de pieds ne sont pas des poètes, ce sont des dactylographes !
Le poète, aujourd'hui, doit être d'une caste, d'un parti, ou du tout-Paris.
Le poète qui ne se soumet pas est un homme mutilé.

La Poésie est une clameur, elle doit être entendue comme la Musique.
Toute poésie destinée à n'être que lue et enfermée dans sa typographie n'est pas finie, elle ne prend son sexe qu'avec la corde vocale, tout comme le violon ne prend le sien qu'avec l'archet qui le touche.
L'embrigadement est un signe des temps, de notre temps.
Les hommes qui pensent en rond ont les idées courbes.
Les sociétés littéraires, c'est encore la Société et la pensée mise en commun est une pensée commune.

Mozart est mort seul, accompagné d'un chien et de fantômes.
Renoir avait les doigts crochus de rhumatismes.
Ravel avait dans la tête un tumeur qui lui suça d'un coup toute sa musique.
Beethoven était sourd.
Il fallut quêter pour enterrer Bela Bartok.
Rutebeuf avait faim.
Villon volait pour manger.
Tout le monde s'en fout !

L'Art n'est pas un bureau d'anthropométrie. La lumière ne se fait que sur les tombes.
Nous vivons une époque épique et nous n'avons plus rien d'épique...
La musique se vend  comme du savon à barbe.
Pour que le désespoir même se vende, il ne reste qu'à en trouver la formule.
Tout est prêt : les capitaux, la publicité, la clientèle...

Qui donc inventera le désespoir ?

Avec nos avions qui dament le pion au soleil, avec nos magnétoscopes qui se souviennent de ces voix qui se sont tues, avec nos âmes en rade au milieu des rues, nous sommes au bord du vide, ficelés dans nos paquets de viande, à regarder passer les révolutions...
N'oubliez jamais que ce qu'il y a d'encombrant dans la Morale c'est que c'est toujours la morale des autres !

Les plus beaux chants sont des chants de revendication.
Le vers doit faire l'amour dans la tête des populations.

A l'école de la Poésie, on n'apprend pas ; ON SE BAT !
" " "

A bon entendeur, salut !

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commentaires

Marc Lefrançois 28/04/2010 14:50


Très belle citation! J'aurais tendance à dire, pour un poète: "A l'école de la poésie, on n'apprend pas, on souffre!"


28/04/2010 19:39



Certes, mais Musset a écrit "Rien ne nous rend si grands qu'une grande douleur" alors...



lam 15/11/2009 13:06


belle vision que j'aime , vais relire le texte tout de suite !


16/11/2009 12:11


Merci de votre visite ! Les textes de Ferré sont une mine pour se remettre les idées en place...


Joëlle AHRENS 09/11/2009 09:20


J'ai découvert Philippe et gràce a lui je te découvre. Tu es une fille qui ne mâche pas ses mots, et qui porte le symbôle de ce qu'elle est haut et fort. Je suis heureuse de voir qu'il existe
toujours des gens vrais, lucides, et réveillés. Le monde devient une mascarade qui se ressent dans le domaine artistique, les vrais artistes existent mais il faut de la claivoyance pour les voir.
Et en tant qu'artiste il faut être très vigilant pour garder l'équilibre.Ton blog est une bonne idée.
Petite apartée, Adriana n'est pas tout à fait partie et je crois qu'en décembre elle fera un concert à la maison d'Amérique Latine mais l'ambiance sera plus sage.


Francesca 09/11/2009 10:30


Merci de ton commentaire, Joëlle !
Facebook a bien des désavantages, mais aussi l'avantage de justement permettre de se tenir au courant du qui fait quoi et où ; c'est précieux. C'st ou ce que j'ai découvert comme artistes par
ce biais (les amis des amis...ça fonctionne !)

Alors Adriana reviendra ? Chouette !
Normalement je reçois la lettre d'infos de la Maison de l'Amérique Latine, mais si tu y penses, rappelle-moi sa date de passage là-bas : je ferai volontiers conaissance avec son monde !
A bientôt, ici ou là !
Amitiés
Françoise


Francesca 09/11/2009 02:27


Oui Aline, ça m'a tout l'air ! Je vais voir vos pages ! Merci.
F


Aline Tilleul 08/11/2009 19:30


J'ai l'impression qu'on se rejoint un peu ...

http://alinetilleul.over-blog.com/article-la-parole-litteraire-est-un-combat-politique-38979512.html


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