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24 janvier 2010 7 24 /01 /janvier /2010 03:29

Je suis encore sous le choc du magnifique spectacle de Pippo Delbono :
"La mensogna", le mensonge,  vu  - ou plutôt "vécu"-  hier au théâtre du Rond-Point.

                                                                                                                                                               La-mensogna--Pippo-Delbono--1.jpg
 
Voici ce que la presse en disait après les premières représentations à Avignon :
 
"       En pénétrant dans l’usine ThyssenKrupp de Turin, calcinée après un incendie qui fit sept morts parmi les ouvriers, Pippo Delbono ne savait pas qu’il serait dans l’obligation de faire entendre le silence assourdissant qui l’enveloppait. Il ne savait pas qu’il convoquerait ses acteurs pour faire résonner ce qui n’est pas raisonnable, ce qui n’est pas audible. Il ne savait pas qu’il associerait aux images du réel celles de la fiction, en particulier celles du peintre Francis Bacon. Il ne savait pas qu’il s’interrogerait sur ses propres mensonges, sur ses propres omissions et se mettrait en scène dans un spectacle qui traverse toutes les formes de théâtralité. Comme toujours chez Pippo Delbono, les corps sont au centre : corps à la présence massive occupant tout l’espace ou silhouettes en clair-obscur, traversant les zones d’ombre d’un plateau où la mort rôde et s’agite ; corps qui disent l’intranquillité, le déséquilibre, la violence des rapports, dans et hors l’usine. Simulacres, travestissements, jeux de masques et accompagnements musicaux mêlant Wagner à Stravinski sont mis au service d’une fable moderne qui joue des brisures et des cassures, interdisant toute connivence paisible entre acteurs et spectateurs. C’est un théâtre lié à la vie qui s’exprime ici, un théâtre à la fois civique et fantasmatique. Un théâtre où Pippo Delbono lui-même se met à nu au milieu de ses fidèles et étonnants comédiens, dont la présence rayonnante rappelle par instants celle des interprètes de Pina Bausch ou de Tadeusz Kantor. Un théâtre du risque et de l’inconfort qui sait aussi faire la part belle à la tendresse et à l’émotion, à la douceur d’un corps exposé. Créant le trouble, offrant des images inoubliables, il se développe comme un long cri aux intensités multiples, un cri d’amour et de rage. "(Jean-François Perrier)
" La mort traverse le théâtre de Pippo Delbono. Dans La Mensogna ("Le Mensonge"), elle occupe tout, le temps, l'espace, les corps et les voix. Ce spectacle est né en 2008, après l'incendie de l'usine Thyssen-Krupp de Turin, dans lequel six ouvriers ont péri, le 6 décembre 2007. Pippo Delbono est allé dans l'usine, il a rencontré des ouvriers.
 
Au début de La Mensogna, on voit des hommes et des femmes dans des vestiaires. Ils ouvrent et ferment leurs armoires, enfilent ou enlèvent leurs combinaisons, viennent chercher quelque chose à manger, s'asseyent sur un fauteuil usé, posent leur vélo. Le dernier d'entre eux met un costume noir et prend un bouquet de fleurs en verre. Il traverse le plateau, accroche une fleur à sa boutonnière, dépoussière calmement ses chaussures, s'allonge dans une tombe, pose le bouquet sur son coeur.
Puis vient la voix de Pippo Delbono : "Excusez-moi, je n'arrive pas à éprouver de la douleur pour les morts lointaines, seulement de la pitié." Il dit que quand son père est mort, usé d'avoir travaillé pour nourrir sa famille, il n'a pas ressenti de douleur. Mais il a peur de l'inconnu qui l'attend à sa propre mort. Autant que sa voix, c'est sa respiration que l'on entend.

Elle résonne dans le micro comme un souffle apeuré et puissant, partagé entre ce qui le détruit et ce qui le pousse à vivre. A un moment, ce souffle va enfler et soutenir un cri hurlant semblable aux aboiements des chiens. Des spectateurs mettront alors les mains sur les oreilles pour résister à ce déchirement paroxystique accentué par la musique de l'ouverture de Tannhaüser, de Wagner, à fond.

Voilà de quoi est fait Le Mensonge, un spectacle déchirant, en noir et blanc. Noir des costumes et des masques, blanc de la chair nue et des flashs des photos que Pippo Delbono prend avec son téléphone portable.

Sur le plateau, on retrouve l'humanité qui accompagne les spectacles de l'Italien : des comédiens de profession et des gens comme Gianluca, trisomique, ou Bobo, microcéphale interné pendant quarante-cinq ans et devenu, grâce à Pippo, qui l'a sorti de l'asile, une des plus belles personnes qu'il soit donné de voir.

Désir de tout casser

Chacun a sa partition dans ce spectacle hanté par l'exploitation économique, le mensonge politique et le désir de tout casser dans une Italie où les prêtres s'allient avec un exhibitionnisme sordide au grand capital, dans une danse affreusement macabre.

A la fin, Pippo Delbono s'offre, nu comme un ver, tout près des spectateurs, en pleine lumière. On mesure la violence qu'il s'impose à son regard, qui met longtemps à affronter celui du public. Puis il s'en va vers le fond du plateau, là où les ouvriers entraient dans le noir de l'usine.

En frac et noeud papillon, Bobo vient le chercher. Il lui tend ses vêtements, le prend par la main, le fait s'habiller et l'emmène sur le devant du plateau. Juliette Gréco chante une douce chanson d'amour. Les deux hommes sont face aux spectateurs. "Parfois, je voudrais avoir la surdité de Bobo", a dit Pippo Delbono. Il termine en demandant pardon à son père, à qui il dédie le spectacle. "

...............................................

                                                               La-mensogna--Pippo-Delbono--2.jpg

Et ce qu'en dit  Pippo Delbono lui-même :

 
"Je ne suis ni un pessimiste, ni un désespéré. Je souhaite simplement que nous soyons plus lucides sur ce qui se passe autour de nous"
Peut-on accepter de vivre sous la domination du mensonge ?"
 
Dans ce nouveau spectacle, Pippo Delbono pousse un coup de gueule face au double langage des politiques et des médias. 
À l’origine de La Menzogna, il y a l’incendie de l’usine Thyssen-Krupp à Turin dans lequel périrent sept ouvriers. L’entreprise a refusé d’indemniser les familles en argumentant que les ouvriers étaient responsables de l’incendie. Pendant ce temps-là, la télévision exploitait les images du drame pour faire pleurer dans les chaumières. Partout, constate Pippo Delbono, règne le double langage : on dit une chose et on en fait une autre. À quoi servent l’émotion, le pathétique, si personne n’assume ses responsabilités ? Du coup, la réalité prend des allures de labyrinthe kafkaïen et cela à tous les niveaux de la société. On encourage le racisme. L’Eglise condamne l’homosexualité... Alors avec un minimum de mots, entouré de ses fidèles comédiens, Pippo Delbono invente des stratégies poétiques libératrices. 
Histoire de réveiller le public afin que chacun réagisse et rompe le cercle de la passivité.
(Th du Rond-Point). 
 
Infos pratiques :  du Mercredi 20 janvier au 6 février 2010  - 20h30
                             Théâtre du Rond-Point,  Salle Renaud-Barrault
                             2b av. Franklin Roosevelt   Paris 8ème (M° Champs Elysées)

Allez-y prendre un grand coup sur la tête, dans les tripes et au coeur...
Pippo Delbono nous tient " debout dans ce monde (qu'on a) assis "
(ça, c'est du Ferré...)







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