Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
1 juillet 2012 7 01 /07 /juillet /2012 19:30

  Infidèle à ce foutu blog, mais d'autres écrivent si bien... ainsi Michel Volkovitch et son  "Coups de langue" du mois :  

  """  OÙ L'ON GLISSE

   Je n'écris guère en ce moment, mais je lis toujours. Autant partager !

Le mois dernier, c'était la fête aux mots noueux, ceux où des agrégats de consonnes produisent du frottement, donc de l'énergie.

Ce mois-ci, voici les mots sans grumeaux, les mots lisses où tout glisse.

Ici le son [s] est ce qui s'impose. François Thibaux, dans son roman Ultime été, évoque les illustrations d'un livre de Pierre Louÿs, «que les nonnes eussent qualifiées de licencieuses, adjectif qu'elles employaient dix fois par jour et dont le sifflement de serpent me donnait la chair de poule...»

(Le vrai nom de Louÿs : Louis. La sifflante, il l'a choisie.)

Non moins réussi que LICENCIEUX (lit sans cieux ?), son cousin VICE, où le [v] montre son double visage : voluptueusement fondant, ou mollement veule et avachi, selon notre vision de la chose.

VICIEUX, superbe lui aussi, mais sans doute moins lisse à cause du [i] : c'est un yod, une demi-consonne qui contracte la bouche et nous rapproche un peu des effets de frottements, tout comme le [f] à la fin du si joliment évocateur JOUISSIF.

Sans doute l'érotisme s'épanouit-il dans une alliance du lisse et du frotté. Pour que le mot soit purement fluide, il faut le moins possible de consonnes et des diphtongues dont le premier son soit plus ouvert que le [i].

J'ai dit FLUIDE ? En voilà un beau ! D'accord, il commence par une double consonne, l'eau emprunte un passage étroit, mais tout de suite avec [ui] ça s'élargit.

La plus moelleuse des diphtongues, c'est sans doute [ua], presque un hiatus interne, qui nous offre SUAVE, l'un des mots les plus doux — presque à l'excès. Il sue la douceur, il en bave...

L'avantage de [ui], c'est la touche de lumière qu'ajoute le [i]. Peut-on être plus liquide et en même temps plus lumineux que l'HUILE ? Dire «huile d'olive», n'est-ce pas en avoir déjà plein la bouche ?

[oui] : la bouche s'ouvre plus encore. On en est tout RÉJOUI, tout ÉPANOUI, surtout si l'on prolonge un peu le [i]. L'ÉVANOUI lui-même, on le sent bienheureux, ou du moins parfaitement détendu.

OUI, quelle merveille toute simple ! Plus l'ombre d'une consonne. NON a l'air sombre, se referme, se renfrogne ; OUI s'ouvre et sourit.

                                                                             ***

 

Partager cet article

Repost 0

commentaires

Pascale 05/08/2012 14:26

Je plussoie, lisez Volko où que ce soit!

14/08/2012 08:27



Oui, et si les idées de voyage manquent, envisagez la Grèce qui a besoin de nos pépètes et dont nombre d'auteurs contemporains sont traduits par Michel Volkovitch !



Primavera 02/07/2012 04:20

Bonjour Françoise,
Superbe cette analyse des sons, j'ai beaucoup aimé ! Quel talent!
Très belle journée à toi.
Bisous.
Prima

03/07/2012 00:10



Oui, tu as vu ça ? Du grand art ! MV a longtemps publié ses "Coups de langue" dans La Quinzaine Littéraire et son blog est un vrai bonheur mensuel.


Je crois avoir cent fois conseillé de fréquenter son site : www.volkovitch.com et je suis sûre que tu apprécieras. Vas t'y promener et tu m'en
diras des nouvelles. Je t'embrasse. F



Présentation

  • : Paperolles
  • Paperolles
  • : Livres, Musique, Arts, Ciné, Humeurs et un peu d'humour ; si possible...
  • Contact

Profil

  • Beaucoup de lecture, un peu d'écriture.
Poésie, cinéma, musique(s), théâtre, arts plastiques, photo, Paris et aussi la mer "toujours recommencée", de l'humour, mes enfants, mes amis, mes amours et le monde comme il ne va pas...
La vie, quoi !
  • Beaucoup de lecture, un peu d'écriture. Poésie, cinéma, musique(s), théâtre, arts plastiques, photo, Paris et aussi la mer "toujours recommencée", de l'humour, mes enfants, mes amis, mes amours et le monde comme il ne va pas... La vie, quoi !

Recherche

Archives